À Lure, on visitera un phare breton et un quartier d’Oran en Algérie. Eckmühl désigne ces deux lieux très éloignés et qui n’ont a priori aucun rapport. Le double point de départ de la création de Stéphane Titelein.
« Deux lieux, une famille, la mienne », explique le comédien qui s’est inspiré de l’histoire de sa grand-mère « sortant de sa roulotte de bohémienne pour prendre un bateau puis un train puis un avion. » La pièce évoque ainsi le voyage et l’exil, les doutes et les peurs qui les accompagnent. Elle raconte l’arrivée de la grand-mère, alors jeune fille, « dans cette France d’outre mer ». L’action oscille entre nord de la France, Bretagne et Oran, sur trois quarts de siècle. Avec un père originaire d’Oran, quand celle-ci était encore française, Stéphane Titelein replonge dans son histoire familiale pour parler des migrations.

Photo : Kalimba
Des séjours à Oran puis en Kabylie lui ont permis de rencontrer des migrants (ex ou futurs), pour compléter le récit de sa propre grand-mère, et notamment celui d’un mariage forcé. Stéphane Titelein relie ces récits « avec comme fil rouge cette relation entre nos deux pays. » Ce dernier va aussi évoquer une thématique qui lui est chère : le mensonge. « Cette notion me hante et fonde mon travail depuis des années. Elle est pour moi la base, le point de départ de toute création artistique. » La fiction va surgir parmi ces récits, « le rêve à accomplir ne serait-ce que sur scène, comme une revanche sur une famille aux idées obtuses. » On nous promet donc une épopée, familiale et ouverte sur d’autres expériences d’exils, avec le sable comme unique élément scénographique, malléable pour évoquer différents paysages. « Fuyant, comme la mémoire fragile d’un vieil homme, mon père atteint d’Alzheimer. » Une pièce pour éviter aussi que les souvenirs ne nous glissent entre les doigts.
– Marc Vincent –
D’Eckmühl à Eckmühl, Lure, L’auditorium, 11 avril à 20h30
lure.fr