ROMAN
Folio Poche
Parution le 16 janvier 2025
En 1966, Romain Gary, ancien consul général de l’Ambassade de France à Washington, auteur au succès certain avec La promesse de l’aube, n’a plus grand chose à prouver. Kerwin Spire va nous démontrer cependant que la vie d’un romancier n’est pas un long fleuve tranquille.
Il nous avait précédemment entretenu des années 1956-1960 quand Gary était consul général de France à Los Angeles, brossant un portrait des années 50 où les États-Unis confortaient leur statut de grande puissance. Hollywood et son industrie culturelle en étaient la vitrine idéale. Dans cette suite toute aussi passionnante (l’auteur faisant un usage conséquent des dialogues pour nous plonger au cœur de la vie du romancier), on retourne en France au début des années 60. L’atmosphère est moins légère avec le putsch des généraux d’Alger. Mais c’est aussi la France de la Nouvelle Vague. On croise l’une de ses icônes, Jean Seberg avec qui Gary va vivre une histoire d’amour tourmentée. L’écrivain quitte la diplomatie pour revenir à ses premières amours. Il veut écrire, peindre, nourrit « la volonté de changer de peau ».
On suit Gary des îles grecques à Varsovie, en passant par les plages de Californie et d’Espagne. Le couple Seberg-Gary a ses orages, entre les affres de la célébrité et une conscience politique qui s’éveille pour Jean. Romain Gary voit d’un mauvais œil le Nouveau Roman. En 1964, il a 50 ans et goûte peu le structuralisme. « À Paris, Romain Gary est de plus en plus seul », écrit Kerwin Spire, qui nous montre un écrivain en pleine remise en question, tout en affirmant sa singularité, quitte à nager à contre-courant. Lui l’écrivain juif, ne se considère nulle part chez lui, semble fuir l’uniformité et penser que « la société […] met au banc ses nombreux anormaux ». C’est peut-être l’un des aspects les plus intéressants de cet ouvrage consacré à Romain Gary, qui passait à l’époque pour un réactionnaire. L’ancien Compagnon de la Libération préférait finalement se définir comme « un Français libre. […] un irrégulier. Je n’adhère à rien à part entière. »
– Dominique Demangeot –