Pataquès convie trois femmes au plateau, trois sœurs surtout, réunies pour rendre un ultime hommage à leur mère, réduite en cendres dans une urne funéraire. À l’heure où il faut faire les cartons de la défunte, les questions existentielles surgissent.
« Trois figures qui résistent en bout de chaîne, chacune à leur façon, aux injonctions contradictoires de notre monde », ne manque pas de préciser la compagnie Idem Collectif dans sa « note d’intuition ». Face à un deuil et au rite qui l’accompagne la plupart du temps, il faut aussi savoir (ou tenter de) faire face à la mort. Pour peu, cela pourrait même déboucher sur une renaissance, telle Eurydice s’échappant des Enfers. Non pas la renaissance du défunt, mais de celles qui restent. Aline Reviriaud, qui interprète l’une des trois sœurs, s’est inspirée de mythes anciens : « C’était au tout début. Je voulais réfléchir à Hadès, comment on revient des Enfers. J’avais commencé à travailler avec Anthony Devaux sur un texte qui ferait parler des résistantes aux Enfers. Qu’est-ce qui fait qu’on est encore plus vivants, même si on connait le deuil, la perte ? » Aline compte bien aussi faire intervenir le burlesque et le décalage, parce que « tuer la mort c’est peut-être déjà reconnaitre son impuissance, en rire et se relier à ce qui fait de nous toutes et tous, des humains happés par le vivant. »

Photo : Diversions
La metteuse en scène et autrice a donc accueilli en elle les questions qui ont surgi suite à cette perte. « Comment faire avec la mémoire du défunt resté silencieux ? Comment disperser ? Quel cadre légal ? Quel geste ? ». Les questions se bousculent. Comme pour la précédente création d’Idem Collectif, L’Abécédaire acrobatique, le mouvement est un axe fort de la pièce et le théâtre côtoiera une fois encore les arts circassiens. Un mât autoporté et détourné investit d’ailleurs le plateau, aux côtés de surfaces, de tables et de portes « à jouer », de chaises renversées. « On parle de l’éparpillement, de nos dispersions. De ceux qui restent et qui doivent laisser partir. De ceux qui prennent soin du vivant en inventant joyeusement des possibles. » Pas vraiment convaincue par le processus mis en place par nos sociétés autour du deuil, Aline a donc décidé d’élaborer sa propre méthode, de l’imaginer prendre vie sur une scène. « Il faut que je disperse. Il est interdit de garder ça chez soi ! », se désole l’une des trois femmes. « Mais c’est quoi ça ? Allo ? Il faut disperser. Mais vite ! Mais moi je n’ai pas réalisé encore ce qui a disparu », confie-t-elle. Le travail de deuil commence. On n’est pas nécessairement obligés d’en pleurer.
– Dominique Demangeot –
Pataquès, Dole, La Fabrique (Les Scènes du Jura), 6 mai à 14h30 et 20h30
scenesdujura.com