Parmi les chemins qu’emprunteront les compagnies invitées lors du festival 2025, la directrice du TDB Maëlle Poésy évoque « les introspections individuelles et les perspectives collectives ». Oxymore? Pas tant que ça, puisque le festival brassera pendant dix jours des récits personnels et familiaux, des histoires d’émancipations aussi, sans oublier quelques aventures collectives comme le sont toujours celles des compagnies face à leur prochaine création.
« Souvent dans cette édition, c’est la magie et la fantasmagorie qui traduisent au plateau ce qui nous traverse », remarque encore Maëlle Poésy. Des mondes parallèles comme celui dont les portes seront ouvertes par Yngvild Aspeli, artiste associée au TDB qui travaillera avec la jeune troupe permanente du CDN. La création Théâtre en Mai de cette année, Trust Me For A While, fera donc intervenir les marionnettes. La cie Plexus Polaire nous présente, trouvée au fond d’une malle, une marionnette ventriloque, d’habitude manipulée, qui va devenir ici manipulatrice. La pièce questionne notre libre-arbitre avec ce
« spectacle d’horreur jubilatoire » comme le souligne le TDB. Dans un décor épuré qui conviendra parfaitement aux petites formes des Passe-Murailles, la metteuse en scène s’en va sonder à nouveau l’âme humaine jusqu’aux frontières de la folie. Magie et illusion également avec Nathalie Béasse, qui dans Velvet convoque un rideau de scène qui prend vie pour évoquer le monde de l’invisible. « Tout s’animerait au début sur le plateau, sans la présence humaine, aidée seulement par ces interprètes manipulateurs cachés », explique Nathalie Béasse qui navigue ici encore entre théâtre, danse et arts plastiques. Quentin Vigier fera se côtoyer sur scène des projections vidéo avec une comédienne et une circassienne, un univers onirique inspiré par les textes de la philosophe, romancière et psychanalyste Anne Dufourmantelle. Mais les artifices de l’imaginaire ne nous font pas oublier pour autant les préoccupations contemporaines, comme avec par exemple la Cie du dernier soir qui chroniquera la décennie post-Révolution tunisienne (Nos ailes brûlent aussi).

Trust Me For A While – Photo : Vincent Arbelet
Romain Bertet, avec De là-bas, se perdra dans « une scénographie faite de terre, un espace sans histoire, sans âge », explique le danseur. « […] Il gît, il creuse, il traverse, il chute, il écoute, il guette, il cherche des passages comme autant de mémoires. » Expérience physique et métaphysique. Le TDB a souhaité aussi convier des compagnies régionales. Avec Lieux dits, La Migration proposera dans le parc du Château de Pouilly le deuxième volet d’un diptyque entre cirque, musique et danse située, « une autre façon de voir et d’appréhender l’extérieur, en posant la question de la frontière, de l’abri, d’un espace restreint dans un espace ouvert », souligne la compagnie. « Peut-il exister un «dedans» en dehors ? Un lieu singulier et intime dans un espace public ? » Avec Queen Kong, Géraldine Pochon adapte le roman éponyme d’Hélène Vignal contant le parcours initiatique d’une ado victime de cyber-harcèlement. « Disposer de son corps comme on l’entend est un acte politique », explique la metteuse en scène. « Elle nous donne du courage, et elle est, dans ce sens, une véritable figure d’émancipation, d’inspiration, une héroïne. »
– Dominique Demangeot –
Théâtre en Mai, Dijon, Théâtre Dijon Bourgogne (divers lieux), du 23 mai au 1er juin
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