Le collectif Label Brut est en Bourgogne pour présenter son triptyque. Laurent Fraunié, seul en scène (en alternance avec Philippe Richard), délaisse le langage pour faire parler les objets du quotidien qu’il détourne. Un cycle initiatique autour de la peur. Comment construire son identité quand les peurs nous assaillent, et qu’il est parfois si difficile de quitter son douillet chez-soi ou de trouver sa place dans ce vaste monde ?

Mooooooooonstres – Photo : Pierre Grosbois
C’est en toute logique que le premier volet va s’intéresser aux
« Mooooooooonstres » qui ont peuplé les contes de notre enfance. Laurent Fraunié s’interroge : « Qui du Monstre ou de la peur est arrivé en premier ? » Le public rencontre un personnage seul dans son lit, aux prises avec ses peurs et surtout ses cauchemars. Le metteur en scène et auteur se penche sur ce mécanisme très naturel qu’est la peur. « Y’a-t-il un monstre à l’intérieur de moi ? Peut-on apprivoiser la peur ? » sont quelques-unes des questions soulevées dans ce seul en scène (ou plutôt seul au lit) qui manipule les éléments d’un lit : drap, couette, plumes… Un « lit préparé » au cœur de la dramaturgie dans cette pièce sans mots, « [u]ne adresse qui vise plus le domaine de la perception et du sensible que celui envahi par les codes du langage. »
Le deuxième volet se situe quant à lui « À 2 pas de la porte », c’est le titre de ce spectacle qui tournera donc cette fois… autour d’une porte, et de ce que cet élément de la maison comporte de significations. « Ici le personnage se confronte à l’idée du mouvement, de l’abandon d’un espace connu et rassurant pour affronter un inconnu fantasmé », souligne Laurent Fraunié. Affronter l’inconnu pour tenter de dompter ses peurs, là encore sans recourir au langage mais à grand renfort de « matériaux volatiles, fuyants, glissants. Ils vont contrarier l’apparence et l’étrange perspective du mur auquel le personnage se heurte. Ils vont se détourner pour devenir ombres et partenaires. »

Ici ou (pas) là – Photo : Pierre Grosbois
Le dernier chapitre de cette histoire sans paroles, Ici ou (pas) là, évoquera la peur de ne pas trouver sa place dans son corps comme dans le monde. « Accepter la transformation, s’approprier et vivre l’impermanence », semble être la philosophie du personnage pour
« [d]épasser les peurs de ne pas trouver sa place. » Le décor, « constitué de sept couches successives de rideaux », est une métaphore de la transformation perpétuelle de l’être humain. Alors certes on a peur, mais on avance ! Et pour l’occasion, La Minoterie et Le Cèdre qui accueillent la trilogie proposeront une exposition, La Grande Trouille, dans leurs halls respectifs, du 11 au 18 avril.
– Paul Sobrin –
Triptyque – J’ai peur mais j’avance, À Dijon, La Minoterie : Mooooooooonstres, du 11 au 13 avril ; À2pas2laporte, 13 et 14 avril ; À Chenôve, Le Cèdre : Ici ou (pas) là, 15 et 16 avril
laminoterie-jeunepublic.fr
cedre.ville-chenove.fr