L’exploration des univers du livre et de l’illustration se poursuit avec deux nouvelles expositions à retrouver au Musée Tomi Ungerer et au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg. Ces deux temps forts se déroulent dans le cadre de Strasbourg Capitale mondiale du livre UNESCO 2024 et à l’occasion des Rencontres de l’Illustration de Strasbourg.

Thomas Theodor Heine (Leipzig, 1867 – Stockholm, 1948), Simplicissimus, 1896, Munich, Albert Langen Verlag, affiche, lithographie en couleurs, Strasbourg, Musée d’Art moderne et contemporain. Photo : M.Bertola / Musées de Strasbourg
Avec l’exposition Évidence. Dessiner le présent, le public ira à la rencontre, au Musée Tomi Ungerer, de quatre artistes internationaux : Mounira Al Solh, Nino Bulling, Neïla Czermak Ichti et Mazen Kerbaj. Quatre regards très personnels sur notre temps, des visions du monde qui ont cependant comme point commun de bâtir des ponts entre chose politique et sphère intime. Leurs médiums différent eux aussi : peinture et illustration, dessin, broderie… Et l’on va voyager puisque Mounira Al Solh, née à Beyrouth, évoque dans ses travaux le Liban et la Syrie, et à Strasbourg elle présentera des œuvres traitant des événements récents au Proche-Orient avec un focus sur le rôle des femmes dans la culture islamique. L’artiste allemand Nino Bulling alterne lui entre politique et autofiction, évoquant notamment les questions du genre et de l’environnement. L’autofiction ressort également des dessins et peintures de Neïla Czermak Ichti, que cette dernière mêle aux genres de l’horreur, de la science-fiction et du dessin animé.

Guillaume Apollinaire, Calligrammes, Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916), Paris, Mercure de France, 1918, Bibliothèque des Musées de Strasbourg. Photo : M.Bertola / Musées de Strasbourg
Au MAMCS, une « bibliothèque des images » se déploie depuis le 7 mars. Bibliothèque des Musées et fonds d’art graphique du MAMCS entrent en dialogue pour questionner la relation entre texte et image, sur une large période allant de l’illustration au XIXe
siècle jusqu’à la bibliophilie contemporaine. Un dialogue que va notamment favoriser l’avant-garde en faisant se rencontrer artistes et auteurs. Des recherches s’opèrent en particulier sur la typographie, la lettre dessinée, à l’image de travaux menés par Guillaume Apollinaire et Tristan Tzara, démontrant la nature poétique de l’image et la dimension plastique de l’écriture. Des œuvres à la frontière des arts plastiques et de la littérature, parfois des deux à la fois comme dans les recherches de Hans-Jean Arp. L’exposition évoque aussi la technique traditionnelle de la gravure sur bois ou cuivre, que se réapproprient les artistes. Frans Masereel et Lynd Ward vont quant à eux faire naître un nouveau genre : le roman gravé. Les domaines des pamphlets et de la presse satirique seront aussi évoqués, tout comme le photomontage, sans oublier le livre photographique popularisé notamment par Henri Cartier-Bresson.
– Marc Vincent –
Évidence. Dessiner le présent, Strasbourg, Musée Tomi Ungerer – Centre international de l’Illustration, du 21 mars au 28 septembre
La bibliothèque des images. Livre et arts graphiques en dialogue (XIXe-XXIe siècles), Strasbourg, MAMCS, du 7 mars au 21 septembre
musees.strasbourg.eu